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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 15:01
Me voilà tout juste sortie d'une msp : mise en situation professionnelle!!
Comment vous expliquer ce que je ressens : OUF!!!

Pendant 2h, une infirmière ou cadre du service ainsi qu'une formatrice de l'école nous suivent pour voir nos soins, pansements, injections, etc, et voir s'ils sont fait dans les règles de l'art...
Etre observer pendant 1h n'est vraiment pas évident, surtout quand on sait ce qui est en jeu...
L'heure qui suit permet de se poser dans un bureau, certes, mais surtout de présenter les patients qu'on a pris en charge grace aux dossiers, et donc prouver à ces deux auditrices que nous connaissons nos patients, et que nous avons compris, et fait des liens entre leurs traitements et examens, et leurs problèmes de santé...

Autant vous dire que le stress est là, et bien là, et qu'on a qu'une envi à quelques minutes de cette évaluation : que ça se passe VITE et bien... Mais ça passe vite, c'est sur, le cerveau est en ébullition pendant 2h, avec à la clé un gros soulagement, ou encore une déception énorme...
Les points tombent vite, erreur d'hygiène impardonnable, ou manque de connaissances sur les patients...

Tout ceci pour vous faire partager mon gros soulagement d'aujourd'hui, et aussi pour remercier mes fidèles lecteurs, qui avec leurs commentaires tous plus touchant, et intéressant les uns que les autres me donnent envi de continuer et poursuivre mes articles...

MERCI à tous, et bonne apres midi :)
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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 16:38
En service de dermatologie, un enfant avec nouvelle pathologie que je n'avais pas encore apprise est arrivé ce matin là...
Xeroderma pigmentosum, ou encore la maladie des "enfants de la Lune", qui ne peuvent d'ailleurs pas s'y exposer... 
Ce petit garçon est arrivé couvert de la tête aux pieds : lunettes de ski, manteau, gants, bonnet... autant vous dire qu'aucun petit bout de peau n'était apparant...
Cette maladie se caractérise par une sensibilité cutanée démesurée, traduite par des cancers de la peau et troubles oculaires au moindre contact avec le soleil, et la lumière.
Ce petit, n'avait donc, pouvons nous dire, "pas de chance"!!!

De plus, de gros problèmes familiaux l'accompagnent : sa mère pense que c'est une sorte de malédiction, que ce petit est maudit, et ne prend donc pas soin de lui :
- sur le balcon en plein été...
- l'argent de l'état servant à acheter la combinaison isothermique protectrice dépensé pour des affaires personnelles...
- ne pas toucher le petit, de peur que cette malédiction l'atteigne...
Evidemment, un procès est en cours avec cette femme, pour maltraitance...
Ce petit n'a donc... "pas de chance"...

Enfin, ce matin là, il allait prendre sa douche, bien défiguré certes, mais aussi très protégé par nos
soins, afin d'éviter un contact avec le jour...
Une patiente passant après lui à la douche, salle de bain commune oblige, se met à dire haut et fort :
"c'est une honte de passer après des gens comme lui, comment voulez vous que je n'attrappe rien??"
Autant vous dire que l'aide soignante l'a "recadrée" en lui expliquant que les douches étaient désinfectées entre chacun des patients, et que cet enfant avait autant le droit qu'elle de se doucher....
"Pas de chance"... rejeté par tous...

Après avoir vu ça... je peux juste me dire "j'en ai de la chance"... et cette dame aurait du se dire la même chose...
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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 18:29

Le burn out, est un terme crée par des soignants pour des soignants...

Au quotidien, l'infirmière perçoit des "agressions" de toutes sortes : difficultés d'être efficace 7j/7, souriante, compétente, horaires souvent perturbants, faire un travail au mieux avec les "moyens du bord"... Et tout ceci avec des problèmes personnels à gérer... Parfois tenter d'être "excellente" au travail et à la maison devient très difficile...

Les patients deviennent alors des "objets" : "je vais laver la 102" en parlant de cette patiente avec une prothèse de hanche de 72 ans... Ras-le-bol quotidien s'installant, petit à petit... Fatigue avant même d'aller travailler...
Ou encore passer plus de temps au travail tout en étant moins performante... !!!

Ce syndrome est très répandu chez les soignants, qui doivent en permanence être "au top" de leur forme... En effet, un dossier administratif peu parfois attendre au lendemain, si ce jour là vous n'êtes pas bien, mais l'injection intra veineuse de la "102" (encore elle!) ne peut pas être repoussée...
Mettez par dessus ça une pression de la part des médecins, ou rendez vous d'examens chamboulant l'organisation... et c'est le début de la fin!!

Difficile de prendre assez de recul chaque jour pour voir qu'au fond, on fait du bon travail, et que c'est nécessaire...
Un infirmier m'a dit au cours d'un stage : "Infirmière, métier que tu choisis à 20 ans, et que tu regrettes à 30!!"

A-t-il raison???

Personnellement, je pense que ce syndrome peut arriver à tous bons soignants, et je crois que l'équilibre dans notre vie personnelle est vraiment de la plus haute importance...

Faut-il prendre soin des autres pour prendre soin de soi?? ou... prendre soin de soi pour prendre soin des autres???
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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 19:47
J'étais en service de soins palliatifs... Déjà, oui, quand on entend palliatif, on comprend où on est...
Mais figuré vous qu'il arrive que les patients ne sachent pas où ils sont, et surtout pourquoi ils sont là...

En effet, il est a l'hopital... "Je vais à l'hopital!" phrase banale, entendue maintes fois, d'abord dans un premier service, "oncologie"... cancer...
Puis on le transfert, dans un service bien mieux, qui s'occupera bien mieux de lui, en plus, vous serez en chambre seule!! Autant de mots qui évitent, ou permettent d'éviter de dire à la personne "vous allez aller en soins palliatifs". Pour bon nombre de personnes, "palliatifs" c'est le début de la fin... Mais heureusement, il arrive que des patients sortent en meilleure état de santé qu'à l'arrivée, bien que la maladie ne régresse pas.

Je voulais vous parler d'une femme... Cancer métastatique du foie. Pour résumé, son cancer avait atteint les reins, cerveau, poumons, et aussi les os. L'avancée était incessante. Dans notre service, elle a pu trouver un confort et une écoute très particulier. Sa famille vient la voir, très souvent, et on la trouve très en forme... Souriante, avec tout de même besoin d'une aide quotidienne pour ces déplacements non négligeable...
Ce matin là, elle allait sortir, enfin, et rentrer chez elle, pour continuer à vivre encore un peu au sein de sa famille...
Nous le savions tous, et nous n'arrêtions pas de lui en parler :
"demain, c'est le grand jour, vous allez enfin pouvoir rentrer chez vous!!!"
Son sourire ne pouvait trahir la joie que ça lui procurait!! Une pause... Mais pour elle, ça ressemblait plus à un espoir de guérison...
Sa famille avec le médecin avait conclu qu'il était préférable pour son moral de lui dire que son cancer du foie avait été guéri, et qu'elle allait aller mieux maintenant... Il ne faut jamais juger de ces décisions... Son moral était il est vrai au beau fixe, et peut etre ne serait-elle pas là si la vérité avait été dite. On ne peut se mettre à la place de ces gens. Pour eux, c'était le mieux à faire, à ce moment là. Et nous le respections. Cette dame n'en demandait pas plus.
Le matin de sa sortie, l'aide soignante allait l'aider à faire sa toilette. Cette dame avait besoin qu'on l'aide, pour se soulever, et marcher. Ces jambes ne suivaient qu'à peine.
Passant son bras sous celui de la patiente, elle l'entraina avec fermeté et délicatesse, mais on entendit "crac"!!!
La patiente hurlait. L'infirmière arriva en courant, son bras était cassé. Rien qu'en la soulevant, et croyez moi, doucement, son bras se cassa!! La douleur était intense. Le médecin avertit, nous la transferions alors aux urgences traumatologiques.
Elle regarda l'aide soignante en disant :
"A cause de vous, je ne peux pas sortir, j'en ai pour combien de temps encore à trainer dans ces couloirs!!!"
En me renseignant, j'ai pu savoir que son cancer des os avait considérablement fragilisé ses os, et qu'ils
étaient maintenant cassant comme du verre. Ca aurait très bien pu "tomber" sur moi la veille, alors que je l'amenais aux toilettes...
Comment lui fair ecomprendre que ce n'était pas la faute de cette pauvre aide soignante qui n'en pouvait plus de s'excuser... Mais c'était belle et bien ce "cancer guerit" qui continuait son chemin...

Notre rôle est parfois très ambigue... Entre le respect des choix de la famille, et du médecin, et notre protection, et celle du patient...
Il faut "juste" se convaincre que c'est toujours, le "meilleur" des choix.
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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 20:07

Tout d'abord merci à tous pour vos visites très régulières, et aussi toutes mes excuses pour le petit délaissement de ce mois-ci...

A vrai dire, j'étais en stage... de soins intensifs de traumatologie. Au cours de ce stage, j'étais évaluée, c'est à dire que pendant 2h, une formatrice et une infirmère du service me suivent partout pour épier mes faits et gestes, et ansi voir si je peux "tenir" un service, et assumer seule des soins dans les règles de l'art.

L'encadrement en stage, c'est tout une histoire...

Pour vous montrer encore deux positions tout à fait extrèmes que j'ai pu vivre, je vais vous raconter 2 petites histoires afin de vous montrer des techniques pédagogiques (?) opposées... Laquelle est plus adaptée???

3ème semaine de stage en psychiatrie... sachant qu'on a des stages d'un mois globalement. Un nouvel infirmier arrive ce matin là, intérimaire, donc par définition, ne connaissait absolument pas le service, et donc, les patients non plus... Déjà quand il m'a vu à la relève, j'ai vu son regard "soulagé"... Dès que l'infirmière de nuti est partie, il me regarde en disant :
"bon aujourd'hui ça va être spécial... je serais ton stagiaire, donc tu me dis ce que je dois faire..."
Ok, sur le coup, je me suis dit "super, je vais pouvoir prendre pas mal de responsabilités"... mais ... pas toutes!!! Bref, à la fin de la matinée, il n'avait vu aucun patient, j'avais fait tous les soins, et les patients s'adressaient à moi seule, car ils ne connaissaient pas cet homme. Même les médecins me questionnaient à sa place, vu qu'il ne pouvait répondre, ne connaissant pas les patients...
Seule, même s'il signait les dossiers avec son nom...

3ème semaine de stage aussi... au cours de ce dernier stage, en traumato. Mon infirmier référent (tuteur de stage) allait passer toute la matinée avec moi, et il me dit lui aussi :
"bon je serais ton élève aujourd'hui"... les souvenirs de l'autre expérience revenaient... J'allais me confronter seule à tout ce service... bien plus coriace que celui de psychiatrie...
Mais non, bien au contraire... Il suivait le moindre de mes gestes, mais au lieu de ne rien dire, ou me laisser faire sans buts précis... il commentait mes gestes, me faisait réfléchir à mes gestes, et à mon organisation... Assez dur, oui, car c'est long une matinée, mais j'en suis sortie "grandie"!

Autant de "techniques", qui au fond, nous permettent d'évoluer, de prendre des responsabilités et initiatives, d'oser se lancer, seule, mais avec un soutien derrière qui nous montre toujours si ce qu'on fait est bien, ou s'il manque des petites choses... !!!

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 17:53

En service de soins intensifs de traumatologie, j'ai pu voir mille et un petits accidents qui auraient pu tous très mal finir... 

Ce matin là, la relève commence par Mr X., avec "accident de peinture"... 6h30, il faut avouer que nos neurones avaient un peu de mal à se réveiller... 
- "Voiture???"
Non, c'était bien peinture, avec un pistolet à peinture à pression très élevée, cet homme s'est injecté de la peinture dans la main, et aurait presque pu y laisser un bout de doigt... 

Dans ce service, je peux dire que le quart des patients revenaient d'AVP, plus connus comme moto.jpgaccidents de la voie publique... Moto contre voiture, et c'est la voiture qui gagne, toujours... 
Mais le plus puissant, c'est quand même l'alcool, qui lui, gagne à coup sûr sur toutes les voitures existantes... 
- "Je suis rentré d'une soirée entre amis, et j'ai du m'endormir"... me disait ce jeune de 25 ans, fractures de la 7ème cervicale, péroné droit, mandibule droite et gauche, luxation de la hanche, et quelques bleus qui ne se voyaient même plus avec toutes ces fractures... 
- "Je suis tombé de l'échelle, et pour vaincre la douleur, j'ai bu de 22h à 3h du mat'" Le temps des pirates n'est plus, certes, mais quelques techniques ancestrales subsitent!!! Arrivé à 3gr d'alcool dans le sang, fracture du tibia... 
alcool.jpg

 

 

 

- "Moi, je fêtais mon anniversaire, et on a finis par un bras de fer entre potes" Fracture de l'humérus... Il faut le voir pour le croire!!

D'autres sont plus communément tombés de motos, renversés, par des conducteurs de voitures insubmersibles... 

Autant de jambes et bras, bleutés qui séjournent dans ces chambres, sous leur seringue de Morphine qui leur permet de se reposer en oubliant leurs traumatismes quelques heures...
 

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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 16:42
courses-en-ligne.jpgPeut-être que les anecdotes de psychiatrie m'ont plus marquées que celles des "services de tous les jours"... Pourquoi? Ce domaine est resté tellement tabou, que je crois que quand j'ai commencé les stages en psychiatrie, je me suis retrouvée face à un milieu encore plus particulier et hors normes que les autres... 

Pourtant, quand on voit de la psychiatrie dans la "vie réelle"...

Une patiente que j'avais eu dans un service de psychiatrie pour dépression, avait particulièrement retenue mon attention, déjà par son petit côté provocateur, qui pouvait parfois la rendre sympathique, j'entends par là qu'elle cherchait toujours à attirer notre attention, par des moyens parfois assez drôles...
Mais parfois, beaucoup moins...
Je faisais le "tour" de l'après midi c'est à dire que je passais faire quelques soins dans chacunes des chambres, ou passais juste voir si tout se passait bien... arrivée à sa chambre, j'entre, et la vois allongée sur son lit, dans le noir,  avec un sourire tout aussi "provocateur" qu'habituellement... et me disant :
"Ca y est, je ne vous embêterais plus..."
Mes yeux parcourent alors la pièce, et je vois 2 boîtes de comprimés (somnifères et anxiolytiques) totalement vides, et sa bouteille d'eau trouble, avec des bouts de médicaments pilés sur sa lèvre, et par terre...
Urgence!!!
Après que cette tentative de suicide est été maîtrisée, j'apprenais peu de temps après qu'elle avait été transférée dans un service "fermée" c'est à dire où les patients ne peuvent sortir.
Puis mon stage se termina...
Quelques mois après, je faisais mes courses dans un supermarché, quand je vois, à une des caisses... cette dame, qui travaillait!! D'abord très heureuse pour elle, elle avait donc pu se réinsérer, s'en sortir! Quel courage! Elle avait "repris le dessus"!! Je me demandais si je devais aller la voir... Valait-il mieux rester discrète sur sa "vie d'avant"...???
Mais, j'avais quand même un lien assez particulier avec elle avant sa tentative...
J'allais donc à sa caisse... Et lorqu'elle m'a vu, elle se leva, et me sera dans ses bras : elle étaitsupermarche.gif tellement contente!!
Elle pris sa pause quelques minutes après et m'avait demandé de l'attendre.. 5min après, elle me raconta comment elle était sortie, ce qu'elle avait du affronter pour réussir à revivre normalement...
Discussion incroyable... une vie après la psychiatrie, après une tentative de suicide!! Dur à imaginer quand on est enfermé dans ce service tout blanc... dur de s'imaginer ces patients dans une vie à l'extérieure!!
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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 18:15
ours_infirmiere_zoom.jpgJ'aimerais juste vous faire partager une petite partie du travail en psychiatrie, qui m'a vraiment perturbé au cours d'un de mes stages... 
Vous savez que nous, en tant que stagiaires, faisons toujours très attention à notre intégration au sein de l'équipe médicale, et donc essayons toujours d'adopter les mêmes méthodes de travail que le personnel du service. 

Or, lors de ce stage...

Ce centre était sectorisé, en plusieurs bâtiments, selon les âges des patients. Ce matin là, le premier jour de mon stage, j'arrivais à 7h, heure du début des hostilités...
L'infirmière, très accueillante, me montre un endroit pour me changer, et m'indique de venir la suivre pour donner les traitements dans chacun des bâtiments, à tous les patients.
Une fois ma belle tenue toute blanche enfilée, je la rejoins dans un des bâtiments, celui des plus jeunes :

" Je vais vous aider, donnez moi quelques piluliers, que je vous avance..."

Je ne savais apparemment pas où je mettais les pieds en disant cette petite phrase... 
L'infirmière, très sympathique, et avec du recul je dirais, un peu maline, m'a jeté un regard qui voulait en fait dire : "si tu y arrives, on t'engage de suite!"

petit-20pilulier-20vert.jpgMe voilà avec mes piluliers, et joie pour moi, les photos des patients étaient collées sur chacun des piluliers : FACILE!!!

Et bien... pas du tout... et oui... me voilà avec mes comprimés, pour ce petit garçon à lunettes... qui me regarda arriver avec un grand sourire... avant de me traiter de.. euh... je ne pensais pas qu'il savait ce mot là à son âge!!!

Je me retourne vers l'infirmière qui rigolait, et me fit signe de revenir... : " ce petit les prend dans du chocolat au lait, celui là les croque à pleine dent, l'autre là bas les veut dans une compote, celle-ci ne doit pas les voir, sinon elle ne boira jamais son bol, et partira dans une colère noire..." 
Après une grande énumération des habitudes des 50 patients des bâtiments, mon carnet était rempli à craquer non pas des soins quotidiens, mais des "recettes" personnalisés de chacun des patients!!! 

Un vrai casse tête!! 

La psychiatrie, l'art de s'adapter aux autres?
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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 21:14
J'hésitais à écrire cet article, parce que il génère chez moi un énervement assez considérable... mais bon, j'ai décidé de tous vous dire.... donc...

Durant mon stage d'été dans un centre pour autistes,  l'ambiance était assez "zen" : les cours des jeunes étaient suspendus, pour cause de "vacances", et donc les activités se résumaient à des sorties, et promenades en forêt...

Cette journée là, je m'étais arrangée pour passer la journée avec les éducateurs, et donc participer à une sortie, et pouvoir voir le comportement des jeunes à l'extérieur... parce qu'il faut avouer que dans l'enceinte du centre, tout est très cadré, et les attitudes stéréotypées... Ils sont tous malades, et nous sommes tous des professionnels, donc il n'y a pas d'autres points de vue, et regards, à gérer...

bus-04.gifDonc ce matin là, très tôt, avec 6 jeunes trépignant d'impatience dans le bus, nous allions rejoindre un point de passage du Tour de France,  et il faut préciser que les "jeunes" étaient très fans de cette épreuve, et regardaient chaque étape à la télévision avec beaucoup d'attention... Autant vous dire que c'était LA sortie de l'année!!

Après 2h de route, nous étions enfin arrivés, et le début de l'Aventure commençait : faire descendre les jeunes tout en les surveillant, et décharger le fauteuil roulant d'une fille, et le pique nique, le parasol, les tapis de sol... Nous étions chargés comme des bourricots... et à l'affut de chaque jeune, pour ne pas qu'ils se perdent, ou se fassent bousculer.

Déjà, j'ai pu voir des regards que je ne connaissais pas se poser sur nous... des regards qui voulaient dire "oh les pauvres" ou encore, pour nous, les soignants : "vous faites quelque chose de formidable...".
Une fois installés, sur un point un peu surélevé au bord de la route où les vélos allaient passer, il nous fallait attendre 5h avant de voir passer la fameuse "caravane"... A mon grand étonnement, les jeunes étaient très calmes, et restaient assis, certains parlant avec nous... Le regard des gens changeait parfois... c'était plus un regard qui nous rendait coupable, de les laisser attendre 5h au bord d'un route...
"Vous savez que le Tour ne passe que dans 5h???"

Evidemment qu'on le savait, et les jeunes aussi, et ils étaient habitués, et tellement heureux de sortir de ce centre, et en plus pour voir le Tour de France, qu'ils aimaient tant...

En attendant la caravane, j'ai pris un des plus autonomes avec moi, et on a juste fait un petit tour à pied au bord de la route, et il m'a épaté, il saluait tout le monde, et cherchait vraiment à attirer la sympathie des spectateurs... Certains lui répondaient avec sourire, d'autres l'ignoraient... ce qui commença à me choquer un peu...

Mais le pire m'attendait : la caravane arriva... et avec un des jeunes, j'étais devant, juste au bordTour-20de-20France.gif de la route, avec le groupe derrière, qui nous criait d'attraper pleins de cadeaux...
Ce moment qui devait être pleins de joie et d'"hystérie" collective.... devint mon pire cauchemar!!
Les cadeaux tombaient n'importe où... Et parfois même près des jeunes autistes, et je leur criais de l'attraper... mais leur temps de réaction était assez... long.
Un premier cadeau tombe à 20 cm d'un jeune assis par terre... je le vois, lui dis de le prendre, quand je vois une main attraper son cadeau... une main d'une petit garçon venu avec son père...
Un peu énervé, c'est vrai, mais bon, il est petit, et plus rapide, donc bon... je me calme, et continue à surveiller le jeune à côté de moi, tout en tentant d'intercepter des casquettes (qui au passage, sont pas d'un esthétisme monumental...hihi)... Je vois un autre cadeau tombé ce coup ci SUR les genous d'un autiste très atteint par la maladie... et une autre main lui prendre ce petit porte monnaie sur ces genous, et cette main était... celle du PERE!!!

Hors de moi, je ne pouvais pas laisser passer ça... mais avec le bruit des caravanes, apparemment, il ne m'a pas enendu... apparemment...

Cette sortie resta pour eux la plus belle des sorties de l'année... Ils n'ont vu aucun des regards, aucunes des remarques et des cadeaux empoignés par des gens égoïstes à l'extrême...

La compassion s'arrêtait là... pour des cadeaux qu'ils mettront au fond d'un placard en rentrant chez eux...

Je ne peux pas faire de généralités, certains ont été tout à fait charmants... certains seulement...

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 20:29

Lors de mon stage en soins palliatifs, ça a été l'occasion pour moi  de remise en question permanente... 
Les souffrances des familles sont très dures à gérer, et j'ai pu voir que grâce à ma blouse, l'émotion était moins apparente... Comme si ce bout de tissu tout blanc me permettait d'être LA professionnelle... Pourtant j0341448.jpgde nature assez émotive je l'avoue, j'ai gardé mon sang froid à chaque discussion avec les familles, à mon grand étonnement... 
Les familles visitant leur proche en soins palliatifs sont tous en grande détresse, se sentent impuissants face à la maladie grandissant de leur mère, ou père, ou conjoint parfois... Entre l'envi de les laisser partir, et celle de les garder auprès d'eux un maximum, l'équipe médicale est bien souvent démunie.

Voici encore deux petits exemples extrêmes que j'ai pu voir dans ce mois de stage...

FAMILLE 1 :


La mère de cet homme était en phase terminale d'un cancer métastatique très évolué, et une métastase pulmonaire ne cessait de grandir, créant chez cette patiente une gêne respiratoire considérable. A cette étape de sa pathologie, et en vue de son âge avancé, l'équipe médicale avait préféré doucement avertir la famille que la fin était proche, et que mise à part des antalgiques puissants et des soins de confort quotidiens, nous ne pouvions pas la sortir d'une telle maladie. Difficile à accepter, c'est sûr...

Un matin où j'allais m'occuper des soins quotidiens de cette dame, je sortais de la chambre et croise son fils, toujours souriant, venant rendre la visite habituelle à sa mère. Il me demanda s'il pouvait me parler :
"ma mère respire très mal, pourquoi le médecin ne l'a met-il pas sous respirateur?"
Oui, la solution était là, selon lui, et il est vrai que j'aurais probablement suggéré la même chose pour mes parents, tenter de soulager, de faire de notre mieux, même si le médecin sait ce qu'il en est, lui... 
Je lui répétais alors, qu'au vue de l'état de santé de sa maman, les soins que nous faisions chaque jours étaient les plus adaptés, et les meilleurs pour lui permettre d'avoir une qualité de vie optimale jusqu'à la fin... Et, c'est assez surprenant, car je m'attendais à ce qu'il exige de parler au médecin, il me dit qu'il savait qu'on faisait de notre mieux, et il s'excusait de m'avoir pris mon temps... Je lui affirmais donc que s'il avait besoin de quoi que ce soit, nous étions là pour ça... 

Sa demande, je pense, n'était pas fondée sur une réelle envie d'un respirateur, mais plus sur une confirmation que sa maman avait les meilleurs soins possibles à son état. Il voulait, je crois simplement être rassuré, encore une fois, et m'interpeller de cette manière était peut être qu'un moyen d'engager la conversation.

FAMILLE 2 :


hopital.jpgMme G. 80 ans, qui suite à une augmentation de pression du liquide céphalo rachidien dans sa boite crânienne, se retrouvait chez nous dans le coma, totalement inconsciente, trachéotomisée, et avec une gastrostomie (tube nous permettant de la nourrir directement avec une seringue dans l'estomac). 
Son mari était très démuni, car cette maladie est arrivée vite, d'un seul coup, et son état s'est vu d'une gravité importante. A ce jour, Mme G. était "condamnée", elle ne se réveillerait plus. Nous lui faisions encore des soins de conforts (massages, pansements d'escarres), et l'hydratation et son alimentation était maintenue.
Ce matin là, le médecin et la famille de Mme G. se concertaient pour faire un point sur son état de santé. Le médecin leur expliqua que la fin allait approcher, et qu'il n'était pas concevable qu'elle se réveille à nouveau. Pour résumé, nous attendions sa mort. La famille le savait.

Leur demande a été très différente. Ils ne supportaient plus de la voir "survivre", et auraient aimé que cette attente quotidienne d'une mort qui n'arrivait pas s'écourte. La voir chaque jour alors que l'espoir était nul était très dur pour eux, et je le conçois tout à fait.
Du coup, cette réunion leur a permis, à eux et au médecin, de mettre au point l'arrêt thérapeutique, et  nous avions donc comme prescription d'enlever la perfusion d'eau, et d'alimentation. 
J'ai sans doute des représentations propres à mes valeurs, et mon éducation, mais je dois vous avouer que lorsque j'ai enlevé sa perfusion d'eau, j'ai eu une petite hésitation, comme si c'était moi qui allais raccourcir la vie de cette dame. Mais la prescription était formelle, et la loi accepte l'arrêt thérapeutique (l'eau et l'alimentation sont notés au même titre que les médicaments)... Je dois avouer que j'ai beaucoup réfléchi à cette situation par la suite, en est parlé autour de moi... 
"Quel métier !!! " me disent mes proches... 

Nous avons des vies entre nos mains...

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Profil

  • IDEtresse
  • Etudiante infirmière, 22 ans, qui a parcouru tant de lieux de stage différents qu'il en ressort forcément des anecdotes mémorables!
  • Etudiante infirmière, 22 ans, qui a parcouru tant de lieux de stage différents qu'il en ressort forcément des anecdotes mémorables!