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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 20:29

Lors de mon stage en soins palliatifs, ça a été l'occasion pour moi  de remise en question permanente... 
Les souffrances des familles sont très dures à gérer, et j'ai pu voir que grâce à ma blouse, l'émotion était moins apparente... Comme si ce bout de tissu tout blanc me permettait d'être LA professionnelle... Pourtant j0341448.jpgde nature assez émotive je l'avoue, j'ai gardé mon sang froid à chaque discussion avec les familles, à mon grand étonnement... 
Les familles visitant leur proche en soins palliatifs sont tous en grande détresse, se sentent impuissants face à la maladie grandissant de leur mère, ou père, ou conjoint parfois... Entre l'envi de les laisser partir, et celle de les garder auprès d'eux un maximum, l'équipe médicale est bien souvent démunie.

Voici encore deux petits exemples extrêmes que j'ai pu voir dans ce mois de stage...

FAMILLE 1 :


La mère de cet homme était en phase terminale d'un cancer métastatique très évolué, et une métastase pulmonaire ne cessait de grandir, créant chez cette patiente une gêne respiratoire considérable. A cette étape de sa pathologie, et en vue de son âge avancé, l'équipe médicale avait préféré doucement avertir la famille que la fin était proche, et que mise à part des antalgiques puissants et des soins de confort quotidiens, nous ne pouvions pas la sortir d'une telle maladie. Difficile à accepter, c'est sûr...

Un matin où j'allais m'occuper des soins quotidiens de cette dame, je sortais de la chambre et croise son fils, toujours souriant, venant rendre la visite habituelle à sa mère. Il me demanda s'il pouvait me parler :
"ma mère respire très mal, pourquoi le médecin ne l'a met-il pas sous respirateur?"
Oui, la solution était là, selon lui, et il est vrai que j'aurais probablement suggéré la même chose pour mes parents, tenter de soulager, de faire de notre mieux, même si le médecin sait ce qu'il en est, lui... 
Je lui répétais alors, qu'au vue de l'état de santé de sa maman, les soins que nous faisions chaque jours étaient les plus adaptés, et les meilleurs pour lui permettre d'avoir une qualité de vie optimale jusqu'à la fin... Et, c'est assez surprenant, car je m'attendais à ce qu'il exige de parler au médecin, il me dit qu'il savait qu'on faisait de notre mieux, et il s'excusait de m'avoir pris mon temps... Je lui affirmais donc que s'il avait besoin de quoi que ce soit, nous étions là pour ça... 

Sa demande, je pense, n'était pas fondée sur une réelle envie d'un respirateur, mais plus sur une confirmation que sa maman avait les meilleurs soins possibles à son état. Il voulait, je crois simplement être rassuré, encore une fois, et m'interpeller de cette manière était peut être qu'un moyen d'engager la conversation.

FAMILLE 2 :


hopital.jpgMme G. 80 ans, qui suite à une augmentation de pression du liquide céphalo rachidien dans sa boite crânienne, se retrouvait chez nous dans le coma, totalement inconsciente, trachéotomisée, et avec une gastrostomie (tube nous permettant de la nourrir directement avec une seringue dans l'estomac). 
Son mari était très démuni, car cette maladie est arrivée vite, d'un seul coup, et son état s'est vu d'une gravité importante. A ce jour, Mme G. était "condamnée", elle ne se réveillerait plus. Nous lui faisions encore des soins de conforts (massages, pansements d'escarres), et l'hydratation et son alimentation était maintenue.
Ce matin là, le médecin et la famille de Mme G. se concertaient pour faire un point sur son état de santé. Le médecin leur expliqua que la fin allait approcher, et qu'il n'était pas concevable qu'elle se réveille à nouveau. Pour résumé, nous attendions sa mort. La famille le savait.

Leur demande a été très différente. Ils ne supportaient plus de la voir "survivre", et auraient aimé que cette attente quotidienne d'une mort qui n'arrivait pas s'écourte. La voir chaque jour alors que l'espoir était nul était très dur pour eux, et je le conçois tout à fait.
Du coup, cette réunion leur a permis, à eux et au médecin, de mettre au point l'arrêt thérapeutique, et  nous avions donc comme prescription d'enlever la perfusion d'eau, et d'alimentation. 
J'ai sans doute des représentations propres à mes valeurs, et mon éducation, mais je dois vous avouer que lorsque j'ai enlevé sa perfusion d'eau, j'ai eu une petite hésitation, comme si c'était moi qui allais raccourcir la vie de cette dame. Mais la prescription était formelle, et la loi accepte l'arrêt thérapeutique (l'eau et l'alimentation sont notés au même titre que les médicaments)... Je dois avouer que j'ai beaucoup réfléchi à cette situation par la suite, en est parlé autour de moi... 
"Quel métier !!! " me disent mes proches... 

Nous avons des vies entre nos mains...

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Published by IDEtresse
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commentaires

Martine et Mickey 10/04/2008 19:48

Difficile à lire mais pour toi ce doit être encore plus difficile à vivre. Quand on aime une personne toutes les situations sont dures, on n'a pas envie de les voir partir mais en même temps les voir souffrir est insupportable. Je ne sais pas si je pourrais demander d'abréger la vie d'un être aimé sauf s'il souffre. Je te tire mon chapeau pour ton métier et ton humanité.

Stéphanie 12/02/2008 18:17

J'ai vécu une situation semblable il n'y a pas si longtemps que cela, j'ai perdu mon papa il y a 5 mois (qui été agé d' à peine 50 ans), je peux vous certifier que cette situation est très très difficile à vivre ... entre l' envie de garder la personne qu'on aime (et qui a fait que je suis de ce monde) près de nous et entre la souffrance qui rythme son quotidien cela devient tellemment atroce que ça en devient presque de l'égoisme de vouloir qu'elle continue à vivre; donc on décide de la laisser à partir en se disant qu'elle sera surement mieux là ou elle est à présent .

Merci , très chère amie , de m'avoir permis de laisser ces quelques lignes et je tenais à te dire que je suis persuadée que tu feras une très bonne infirmière !

A très vite

ever67@live.fr 05/02/2008 15:23

mon dieu.quand je lis des trucs pareils,je comprends pourqoui g tellement besoin de dieu."soins palliatifs"quelles horreurs.mais qu'avons nous fais pour en arriver là?moi ca m'angoisse,c horrible.je préfère mourir tout de suite que de subir une phase terminale d'un cancer.g vu des images de tout ca sur internet:c l'enfer sur terre.l'euthanasie doit ètre accepté afin que qu'elqu'un qui ne veut pas réaliser ce qui le pourrit de l'intérieur puisse s'épargner.aucun soins ne peut sauver de cette déchéance.quelle horreur.ca peut pas etre ca la vie...

Kady 02/02/2008 21:50

Coucou
Je viens de découvrir ton blog et jaime beaucoup ta façon d'écrire
Moi je suis une jeune maman de 25 ans qui fera sa rentrée le 25, jai hate et en meme temps...Ca devait être très intense en soins palliatifs
Courage
Kady

Miss pas touche 31/01/2008 11:04

il y a des situations délicates et vraiment difficiles à appréhender.
mais heureusement qu'il y a encore des personnes comme toi avec qui l'on peut échanger quelques mots à l'hôpital, des discussions qui permettent aux gens de voir que tout le possible est fait pour la personne qui est alitée.
il faut être capable de beaucoup de douceur pour réconforter les gens et aider les patients.

Profil

  • IDEtresse
  • Etudiante infirmière, 22 ans, qui a parcouru tant de lieux de stage différents qu'il en ressort forcément des anecdotes mémorables!
  • Etudiante infirmière, 22 ans, qui a parcouru tant de lieux de stage différents qu'il en ressort forcément des anecdotes mémorables!